Voyage en terre inconnue

Quand un ancien étudiant de Poudlard découvre l’université moldue

Vous ne vous êtes jamais demandé ce que faisait un élève de Poudlard après avoir obtenu ses ASPICS ? Il rentre directement dans la vie active. Pas d’université, seulement quelques formations post-Poudlard existent. Seulement, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. Devenir auror, pour combattre les forces du mal et devoir agir pour le compte du Ministère ? Très peu pour moi. Surtout que depuis la mort de Voldemort, la vie est terriblement calme. Attention, je ne dis pas que c’était mieux avant ! C’est quand même mieux d’étudier dans un cadre où l’on ne risque pas de mourir à chaque fin d’année scolaire. La vie est juste moins trépidante.

Dès ma première année, j’ai adoré les cours d’Histoire de la Magie. La guerre des Gobelins, l’histoire des géants… J’avais l’impression de vivre une véritable aventure ! Entre deux siestes dans les cours du professeur Binns, je courais emprunter des livres à la bibliothèque. L’histoire de Poudlard était de loin mon livre préféré : comprendre comment les quatre fondateurs avaient construit la plus grande école de magie était passionnant. Je décidais rapidement de m’orienter vers cette discipline lors de ma troisième année. En plus de l’étude de runes, j’ai choisi de vous étudier, vous,  les moldus ! Et dire que je pensais que notre monde était compliqué… Vous êtes bien plus avancé que je ne le pensais !

Alors que tous mes amis Serpentard s’orientaient vers la magicologie ou les potions, je décidais de comprendre comment vous vous débrouillez sans magie. Adieu métamorphose et mouvements de baguettes, j’allais passer mon temps à comprendre votre foutue technologie ! Par la barbe de Merlin, vous auriez dû voir ma tête la première fois que j’ai vu un téléphone. Quand j’ai entendu une voix sortir de ce boitier, j’ai eu la peur de ma vie ! J’ai vite compris que nos feuilles de parchemin et nos plumes étaient bien trop démodées. J’ai surtout admis, pour la première fois, que vous n’étiez peut-être pas si idiots que ça. Vous méritiez que des sorciers s’intéressent à vous.

Les Buses puis les Aspics en poche (avec mention optimale en étude des moldus, s’il-vous-plaît), je choisis de devenir expert en… vous. C’était une première dans l’histoire de Poudlard ! Sous les conseils de ma professeure, j’allais expérimenter une immersion complète dans le monde moldu. Plus de magie, ma baguette et mon balai resteraient au placard pendant au moins une année. Mêlé aux personnes de mon âge, j’allais intégrer une université si possible près de chez moi, dans le nord de la France. Entre la douce campagne écossaise et le centre-bourg de Dunkerque, je savais que je ne serai pas dépaysé.

L’été précédent ma toute première rentrée scolaire moldu, j’étais déterminé et me pensais prêt à partir en année sabbatique dans l’univers moldu. Du moins je répète, je pensais être prêt car je me suis tout de suite calmé quand j’ai réalisé que je devais constituer un dossier d’admission universitaire. C’était déjà mal parti puisque mes ASPICs, un diplôme qui m’avait demandé 7 ans d’études pour obtention, ne signifiait rien ici.

“Demande de l’aide à la conseillère d’orientation magique, elle te dira quoi mettre pour justifier ton diplôme.” m’avait suggéré mon père. Je regardais ma mère avec dépit. Papa ne pouvait pas savoir qu’il n’y avait aucun accompagnement scolaire chez les sorciers.

En préparant mon dossier, j’ai rapidement découvert les joies du CV et de la lettre de motivation. Pire que le sortilège Endoloris ! Je suis sûr que les livres d'Histoire magique omettent le fait que Dolores Ombrage, en ses fonctions de Directrice de Poudlard, punissait ses élèves avec des lettres de motivations. J’ai du faire un effort considérable pour réaliser toute cette paperasse mais mon ambition me permit de mener mon projet à son terme... et d’acquérir mon sésame : le mail d’admission en transition automatique de la faculté d'Histoire de l’université de Dunkerque !

Les dernières semaines de l’été furent très courtes car je ne rêvais que de l’immense campus et des nouveaux dortoirs que j’allais arpenter. J’imaginais mes nouveaux amis et les activités que je pourrais faire avec eux : peut-être pourraient-ils m’apprendre à jouer à la pétanque ? Mon père disait que ce jeu typiquement français était follement amusant. (Spoiler Alert : je me disais bien que si personne d’autre ne m’en avait parlé, c’est qu’il y avait une bonne raison).

Je n’eus que très peu de temps pour rêver car la rentrée arriva plus vite que je ne l’imaginais. Saisis par l’appréhension, j’avais tout de même trouvé du réconfort dans ma préparation habituelle de ma valise, un véritable rituel de qui m’aidait à me faire l’idée que les cours commençaient bientôt.

Le Jour J, j’étais comme éjecté d’un balai en plein vol dans le monde moldu : j’ai pris le bus, j’ai marché sous la pluie à défaut ne pas réussir à ouvrir mon pare-la-pluie et j’ai parcouru mon université en long, en large et en travers pour trouver la salle qui correspondait à mon premier cours. Pendant toute cette première réunion d’information, j’avais cherché ma baguette nerveusement dans mon sac mais rien n’y faisait. J’allais resté assis là, sur les bancs inconfortables de l’amphithéâtre à écouter des professeurs qui ne doutent de rien et qui prêchent l’achat de leur livre très cher (environ 18 euros soit 2 gallions, 3 mornilles et 26 noises).

Tel un Attrapeur à la poursuite du vif d’or, j’ai filé à toute vitesse de cours en cours en essayant d’assimiler les informations qui fusaient de toutes parts. Ma première journée avait été éprouvante comme un match et manifestement, la victoire revenait au camp adverse : je rentrais chez moi fatigué, courbaturé et dégouté d’avoir laissé filer le dernier donut au chocolat de la cafétéria à un autre étudiant

Vous pensiez que le château de Poudlard était grand ? Vous n’avez pas vu la taille d’un campus universitaire ! J’étais complètement perdu dans les méandres des bâtiments. Quant aux cours, il me faudrait des dizaines de chapitres pour évoquer la détresse des premiers jours de cette année. Je n’avais jamais entendu parler de mathématiques : le théorème de Pythagore était déjà source de migraine, alors j’ai vite laissé tomber les matrices. Rien que le nom, on dirait de la science fiction.

Après mes cours, j’avais pris l’habitude de passer du bon temps dans la salle commune des Serpentard, à bavarder joyeusement sur les canapés près de la cheminée. Que fut donc ma surprise en voyant la qualité des logements chez les étudiants ! Je ne pensais pas qu’il était possible de cuisiner directement assis sur son lit. La taille totale de la pièce avoisinait celle d’une salle de bain à Poudlard… Quant à la convivialité entre les étudiants, j’ai bien compris qu’elle existait majoritairement le jeudi soir. Fini le jus de citrouille et la bièraubeurre, la diversité des boissons moldue est largement plus impressionnante. J’espère avoir le temps de tout goûter avant la fin de l’année. Entre deux cours, j’avais le temps de faire un peu de sport. Football, Basketball… J’avais le choix entre une multitude d’activités ! Mais je me suis orienté vers un sport que je connaissais bien et dont j’étais sûr de mes qualités athlétiques : le Quidditch ! En tant que meilleur gardien de Poudlard pendant ces trois dernières années, j’étais ravi de faire parti d’une nouvelle équipe et de l’amener, du moins je l’espérais, à la victoire. Arrivé au premier entraînement avec ma tenue habituelle, j’ai vite déchanté : certes, les moldus jouent au Quidditch. Mais sans magie. Tout ce qui fait la joie de ce sport est envolé ! Et croyez-moi, voir quinze personnes courir bêtement avec un balai entre les jambes, c’est hilarant. Ne le dîtes pas à mes anciens coéquipiers de Serpentard, mais je me suis pris au jeu. Les sensations ne sont pas les mêmes, mais l’esprit du jeu est quand même là.

C’est vrai qu’après ce témoignage, vous devez vous dire que je suis rapidement rentré chez moi et que j’ai tiré un trait définitif sur les moldus. Ou au contraire, vous imaginez que j’ai fini par vous comprendre, que je suis tombé amoureux d’une jolie moldue et que je ne compte pas faire de retour en arrière.

J’ai le regret de vous annoncer que je déteste les happy ending. Je suis très heureux de m’être mis au défi d’intégrer votre communauté et je ne regrette pas mon choix. Je dois tout de même avouer que j’ai eu beaucoup de mal à me faire à vos habitudes, à vos outils et votre technologie. Je savais ce qu’était un smartphone, ne me jugez pas à ce point, mais passer 7 ans de sa vie dans un établissement sans ligne téléphonique ni la fibre optique à écrire ses cours à la plume, ça change la vie.

Je pense qu’à ce jour, je suis prêt à finir mon année de L1 avec le sourire, avec de bons et des mauvais souvenirs. Je suis aujourd’hui capable de dire ce que je veux faire et surtout ce que je ne pas faire. Je vais retourner dans le monde magique fort de mon expérience et je songe fortement à rejoindre le Ministère de la Magie au Comité des inventions d’excuses à l’usage des Moldus.

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