3 questions à...

Margot, étudiante en Bachelor esport et gaming

Margot a 21 ans. Elle est étudiante à l'ISEFAC Bordeaux, une école de communication et d'événementiel qui a ouvert cette année une nouvelle option, spécialisée dans l'esport (sport électronique). Si la figure de proue de l'esport français est une femme, avec Kayané, spécialisée dans le jeu de combat Street Fighter, les joueuses restent moins nombreuses que leurs homologues masculins lors des grandes compétitions. Qu'en pense une future professionnelle du milieu ?


Quel type de joueuse es-tu ? As-tu vécu des situations sexistes en tant que joueuse ?

Joueuse PC. Depuis quatre-cinq ans, j'ai une passion pour League of Legend. Je suis tombée amoureuse de l'univers de ce jeu, je peux y passer des heures ! Maintenant, je joue régulièrement avec les mêmes personnes, donc ça va. Mais au début, j'ai eu des insultes, type "Suce ma b***". Mon pseudo est "Hardcore Gamergirl", je ne cache pas être une fille. J'alterne entre avatar masculin ou féminin, suivant mon équipe. Une fois, un adversaire m'a dit qu'il savait même pas qu'une fille puisse savoir jouer un personnage masculin. Un autre m'a reproché d'être une "casu" (ndlr : casual gamer, joueur de faible niveau) parce que je ne jouais jamais de personnage balèze. On rabaisse les joueuses qui sont fortes, et celles qui sont nulles. Qu'importe comment on joue, on peut se prendre de sales remarques.

Que penses-tu de la communauté du jeu vidéo à l'heure actuelle ?

Aujourd'hui, tout dépend de la mentalité de chacun. On trouve encore des rageux qui insultent des filles dans les jeux en ligne, ou sur Twitch dans les chats de discussion des streameuses. Tout ça parce qu'à la base, le jeu vidéo était orienté vers un public masculin. Suffit de voir les personnages dans les jeux, les femmes y sont objectifiées par leur physique.

Personnellement, j'ai espoir que la situation s'améliore. J'ai fait de super rencontres sur LoL, avec des gars que j'ai rencontrés en vrai et avec qui j'ai gardé contact. Les mentalités changent, mais lentement. Je suis très contente quand je vois mon petit frère par exemple. On joue parfois à LoL ou à Fortnite ensemble. Pour lui, c'est la grande classe d'avoir une grande soeur gameuse !

En tant qu'étudiante esport, comment te projettes-tu dans ce milieu ?

En tant que femme, je n'ai pas peur d'évoluer dans un milieu masculin. J'ai choisi ces études parce que je veux faire un métier qui me plait avant tout, même en connaissant la communauté et la manière dont on y traite parfois les femmes. Dans ma promotion esport, nous sommes quatre filles pour douze étudiants au total. Ce qui est rassurant, c'est qu'on s'entend tous très bien, il n'y a aucune discrimination envers nous.

Ce qui m'inquiète d'avantage dans le monde professionnel, c'est la faible progression de femmes. Je suis beaucoup les compétitions de LoL, et il suffit d'y regarder les équipes : il n'y a quasiment aucune femme. Le truc, c'est que quand on regarde côté loisirs, en convention par exemple, on voit autant de filles que d'hommes. Alors qu'en pro, elles sont moins nombreuses et moins visibles. J'ai peur que les choses stagnent et restent comme elles sont. Comme si le minimum d'acquis avait été atteint et qu'on arrêtait de vouloir faire progresser la mixité du milieu. Je trouve que ce problème de sexisme est très important et qu'il faut y remédier.

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