ÉTUDIER EN FRANCE :

Les défis auxquels  sont confrontés les étudiants africains 

AP/Christophe Ena

AP/Christophe Ena

Selon Campus France, le nombre d’étudiants étrangers inscrits en France a augmenté de 8 % l’année dernière. Ils sont désormais 400 000 étudiants étrangers à s'asseoir sur les bancs des facultés et écoles françaises. La France est ainsi devenue première destination des étudiants subsahariens dans le monde. Rien qu'entre 2021-2022, “le pays accueillait près de 92 000 étudiants subsahariens, ce qui représente 14% des étudiants mobiles de la région et 23% du nombre” indique l’organisme public dont le but est de promouvoir à l’étranger le système d’enseignement supérieur et de formation professionnelle français.

“...La France est une destination éducative internationale”

Si la France attire de nombreux étudiants africains, c'est grâce à son système d'enseignement supérieur réputé, mais également en raison de la langue française déjà parlée dans ses anciennes colonies. De nombreux étudiants africains préfèrent migrer en France en pensant qu'ils s'intégreront facilement. “C’est mon projet personnel qui m’a poussé à entamer les démarches juste après l’obtention de ma licence pro. J’avais fait des études en journalisme et communication à Dakar. Et j’étais persuadé qu’en France, on trouve de très bonnes écoles et que je pourrai m’adapter rapidement”, confie Pape Ousmane Kassé, un étudiant établi à Paris depuis septembre 2015 . Des propos partagés par son compatriote Telly Sow : “Je suis venu en France dans le but de poursuivre mes études de droit entamées à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Mon projet professionnel consistait à effectuer mon master dans l’une des plus prestigieuses université du monde, puis passer l’examen du barreau pour devenir avocat. ”

L’arrivée des étudiants africains en France est loin d’être un phénomène nouveau. “Dans les années 70-80, beaucoup d’entre eux venaient étudier en France puisque qu’ils étaient francophones et qu’ils s'intéressaient beaucoup à la culture Française”, se souvient Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne spécialiste dans l'histoire de l'Afrique contemporaine et des migrations africaines, ancienne professeure à l’Université Paris 8. Pour les étudiants africains, la France représente un accès à un enseignement supérieur riche qu’ils ne peuvent pas recevoir dans leur pays d’origine. “Depuis la colonisation, ils apprennent le français à l’école, donc évidemment ils cherchent à aller plus loin dans leurs études dans des pays francophones comme la France ou le Québec”, ajoute-t-elle.

Quarante ans plus tard, de nombreux étudiants africains continuent d'affluer en France, même dans des situations irrégulières. “L’augmentation des étudiants africains qui viennent en France ces dernières années malgré de nombreuses difficultés, prouve bien que la France est une destination éducative internationale”, argumente Jean-Luc Richard, sociologue, écrivain et maître de conférences sur les migrations africaines. Une meilleure qualité d’éducation, l’accès à des ressources académiques avancées ou encore la possibilité d’acquérir une expérience internationale sont des motivations pour ces jeunes étudiants africains. “Il faudrait davantage accompagner cet échange enrichissant entre l’Afrique et la France, la venue des étudiants africains en France est un partage d’idées, de connaissances et de perspectives culturelles, souligne Jean-Luc Richard.

“Ne me parlez pas de Leopold Sedar Senghor
ou de Yasmina Khadra…”

Malgré leur motivation et leur espoir, les étudiants africains se heurtent à la réalité une fois arrivés en France. Ils sont souvent confrontés à des problèmes d'adaptation, ce qui rend leur intégration sociale et académique difficile.

“Lorsque je suis arrivée en France, j'ai été confrontée à un véritable dédale de transports, ce qui a eu un impact négatif sur ma vie étudiante. Je me perdais régulièrement en essayant de comprendre les différents moyens de transport et j'arrivais en classe avec deux heures de retard. J'étais la seule étudiante africaine dans ma classe et je me sentais isolée. Je n'avais ni amis ni proches à Paris, ce qui rendait ma situation encore plus compliquée” ,explique Christy N'golo, une étudiante gabonaise à l'IEJ de Paris.

S'épanouir ne se fait pas du jour au lendemain lorsqu'on arrive dans la capitale parisienne. En plus des différences culturelles, les stéréotypes viennent encore compliquer l'intégration des étudiants africains. “Nous avions un professeur qui, chaque fois qu'il donnait des sujets à faire en classe, ajoutait une phrase spécifiquement adressée à nous, les Africains, qui avait le don de m'énerver. Il nous disait : 'Ne me parlez pas de Léopold Sédar Senghor ou de Yasmina Khadra, parlez-moi d'écrivains français'. Et cela, je ne l'oublierai jamais, car c'était tout simplement révoltant” , se remémore Kab Khoudia, aujourd'hui président du Bondy Blog et ancien étudiant à Sorbonne Nouvelle.

Pour faciliter l’intégration à ces étudiants étrangers et notamment africains, l’association ALFÉE (Accueil et Langue Française pour les Étudiants Étrangers) a été créée en 1951. Elle a pour but de relire les thèses et mémoires des étudiants, mais surtout de créer un lieu d’échange avec les autres étudiants dans cette situation d'isolement. “Notre objectif est de faire connaître la France aux étudiants en organisant des visites dans Paris, des dîners français, des exposés sur différentes thématiques”, explique Joëlle Klotz, vice-présidente de l’ALFÉE.

© Association Génération Ambition

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Les difficultés financières, un autre défi

© Association Génération Ambition

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56 % des étudiants avouent ne pas manger à leur faim...

© Association Génération Ambition

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La plupart des étudiants africains ne sont pas boursiers et très vite, la vie devient compliquée pour eux. En moyenne, c’est 7 500 euros d’investissement (scolarité uniquement) soit environ 5 millions de Francs CFA par an qu’un étudiant va débourser en France. Un coût assez important en plus des dépenses annexes (quotidiennes, coûts de logement). Ils ont souvent du mal à subvenir à leurs besoins de base et à gérer leur budget de manière équilibrée. “Je travaille dans un restaurant pour payer mes frais de scolarité et couvrir mes dépenses courantes. Cependant, cela limite mon temps disponible pour étudier. Je me retrouve souvent épuisé et j’ai du mal à me concentrer en classe”, témoigne Abdoul Diallo, un étudiant guinéen.

Pour pallier ces difficultés financières plusieurs associations distribuent régulièrement des paniers-repas. C’est notamment le cas de Génération Ambition basé à Sarcelles et créé en avril 2022 par Wassim Doune. “En décembre dernier, nous avons pu distribuer 230 paniers repas lors d’une maraude dans un camp de migrants à Alfortville. Parmi eux des enfants, mais également des étudiants qui ne sont pas en règle sur le territoire et qui luttent pour avoir accès à l’éducation”, explique le président de l’association. “L’ambiance au camp de migrants n’était pas morose, au contraire ! Nous avons passé un excellent moment de partage en leur compagnie à les écouter nous parler de leur « ancienne » vie dans leur pays d’origine, mais aussi à danser tous ensemble (rires)”.

© Association Génération Ambition

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“La vie en situation irrégulière est extrêmement difficile surtout pour une femme…”

La complexité des procédures administratives liées aux titres de séjour reste le principal problème des étudiants africains établis en France. Ils rencontrent des obstacles lorsqu'ils tentent de renouveler leur titre de séjour, ce qui peut entraîner une incertitude quant à leur statut légal en France. Des restrictions imposées dans les années 90, notamment avec les lois Pasqua, ont durci les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. “Il y avait un système de coopérations interuniversitaires entre les universités françaises et francophones financé par le ministère de la Coopération : cela aidait et poussait les étudiants africains à venir faire leurs études en France”, affirme Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne.

Telly Sow se trouve aujourd’hui en situation irrégulière et est hébergé chez l'un de ses amis : “ C'est extrêmement difficile. J'ai pu terminer mes études, mais lorsque j'ai demandé le renouvellement de mon titre de séjour pour me préparer à l'examen du barreau de Paris, ma demande a été refusée. J'ai vu ma vie s'effondrer, mais je ne baisse pas les bras. Je continue à entreprendre des démarches pour retrouver une vie normale.” Pour subvenir à ses besoins, il est devenu travailleur au noir. Il consacre le reste de son temps à la lecture de livres de droit, nourrissant l'espoir de rejoindre un jour le barreau de Paris.

Cette situation crée du stress et de l'incertitude dans la vie quotidienne de beaucoup d'étudiants étrangers. C'est le cas de Binetou Niang, une jeune Sénégalaise, arrivée en France en septembre 2021 avec un visa long séjour d'un an pour effectuer une 5e année en marketing digital. En juillet 2023, elle fait une demande de titre de séjour (chercheur d'emploi) auprès de la préfecture du Val-de-Marne. Pendant six mois, Binetou n'a reçu aucune réponse. Entre-temps, son visa long séjour expire, elle perd son emploi étudiant et toutes ses aides de la CAF. Ce n'est qu'en avril 2023 qu'elle a reçu son titre de séjour, qui mentionnait une validité d'un an, de septembre 2022 à septembre 2023. Aujourd'hui, elle dispose de six mois pour retrouver un emploi, faute de quoi elle sera obligée de retourner dans son pays d'origine ou de devenir sans papier. “Je n'ai pas le choix, je suis activement à la recherche d'un emploi, mais si je n'en trouve pas, je serai contrainte de rentrer chez moi. La vie en situation irrégulière est extrêmement difficile, surtout pour une femme”, confie t-elle avec une voix tremblante au bout du fil.

Des étudiants comme Binetou et Telly, il y en a pleins en France, et c’est pourquoi des associations se multiplient pour les aider. L’Union des Étudiants Exilés (UEE) a été créée par des personnes exilées pour des personnes exilées afin d’améliorer l’accès à l’enseignement supérieur et de leur donner des conditions d’études favorables. Au téléphone, Lou Jarriand, Mission de Service Civique, nous a listé les différentes difficultés dont pouvaient souffrir ces étudiants et la principale selon elle, c’est l’accès à l’information et à l’inscription. “Certains étudiants qui viennent nous voir sont très diplômés dans leur pays d’origine, mais ne savent pas qu’ils peuvent les faire reconnaître en France. Nous les aidons à cela”. Lou et toute l’équipe de l’Union des Étudiants Exilés mettent tout en place pour que chaque étudiant qui vienne les voir ressorte avec la formation qu’il souhaite et surtout un logement décent : “Nous faisons pression au CROUS, ainsi qu’aux responsables des formations en leur envoyant des courriers pour exposer la motivation de ces étudiants qui ont tout quitté sans avoir le choix.”

©Mauricio Alvarez

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©Twitter/Unef

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Loi immagration : éternel débat 

Les politiques d'accueil en France jouent un rôle crucial dans l'intégration des étudiants africains venus poursuivre leurs études dans ce pays.

En 2018, l’ancien premier ministre Edouard Philippe avait annoncé l’augmentation du coût des études en France pour les étudiants étrangers. En 2019, un étudiant étranger extra-européen a dû voir multiplié ses frais par seize. Pour son année de licence, il paye désormais 2 770 euros au lieu de 170 euros et pour son master, 3 770 euros à la place de 243 euros.

Edouard Philippe a défendu un «choix fort», «qui [nous] permettra de mieux accueillir les étudiants qui choisissent la France», mais «un choix mesuré». «Nous resterons très en dessous des 8 000 à 13 000 euros de nos voisins néerlandais et des dizaines de milliers de livres en Grande-Bretagne, et de la plupart des pays européens, sans évoquer bien sûr la situation sur le continent nord-américain».

Dernièrement au cœur des débats la loi immigration, proposée le 1er juin dernier par Les Républicains qui proposaient de « reprendre le contrôle de la politique d’immigration, d’intégration et d’asile » a remis le sujet sur le couvercle. Certains opposants politiques qualifient cette initiative de “désastre".

©Mauricio Alvarez

©Mauricio Alvarez

Au programme : l'augmentation des frais de scolarité ou encore l'instauration d'une "caution de retour" dans le but de renforcer les conditions d'accueil des étudiants internationaux. De telles mesures, complètement inefficaces, ne contribuent en rien à un système de délivrance des diplômes déjà très rigoureux et ne feraient qu'aggraver la précarité financière de nos étudiantes et étudiants africains . Au-delà, une sélection basée sur l'argent ne ferait qu'augmenter une véritable marchandisation de l'enseignement supérieur français”, déclare Amir Rouibi, responsable des assises de la jeunesse et coordinateur des dispositifs 16-25 ans à la ville de Montreuil.

©Twitter/Unef

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A contrario “Tous les étudiants du monde, quelle que soit leur origine, choisissent de faire des études à l’étranger s’ils en ont les moyens. Ce n’est pas la gratuité des études qui guident leur choix mais l’excellence et la valeur des diplômes”, déclare Chaymaa Amara, membre du comité jeune rallié au cabinet du maire de Montreuil Patrice Bessac. Et pour cause, de plus en plus d’étudiants africains viennent étudier en France chaque année.

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