Green Keeper : L'artisan dans l'ombre des grands prix
Comment travaille un green keeper en période de compétition ?
Il est 6 heures. Patrick Sutra, green keeper depuis 2006, donne les directives à suivre pour la semaine à venir.
La pression se fait ressentir dans la salle de réunion. Lui et son équipe doivent préparer le terrain de golf de la Ramée pour le grand prix qui débute le week end suivant. « On rencontre pas mal de pression durant ces périodes mais c’est normal », confie-t-il. « Le grand prix représente la vitrine du golf. On se doit d’assurer ». Pour Patrick, tout doit être sous contrôle. Il essaye de faire coïncider certains travaux avec les périodes de compétition, comme par exemple l’entretien des bunkers. Il fait également pousser du rough (se prononce reuf) pour obliger les joueurs à ne pas taper comme des mules et mettre un peu de difficulté.
La vie de green keeper
Pas le temps de discuter davantage, des tâches sont à accomplir dans la semaine. n
Les jardiniers sont appelés à tondre chaque greens des 18 trous que comporte le golf. Patrick vérifie que toutes les tondeuses sont opérationnelles et en profite pour y ajouter de l’essence. Quatre tondeuses pour quatre jardiniers, tous partent effectuer ce travail avec leur green keeper à leur tête. Une besogne quotidienne qui dure, à chaque fois 2 heures.
Alors qu’il fait une pause entre 2 greens, Patrick se livre un peu plus sur le métier : « Chaque jour est unique dans le métier de green keeper. Mise à part certaines tâches répétitives comme le ramassage de balles ou les tontes, la façon de le faire va différer selon plusieurs facteurs comme la météo qui va influer sur le travail, la présence d’algues qui se mélangent aux balles, la difficulté d’entretenir le terrain en temps de pluie intense ou de chaleur extrême, … C’est une remise en question perpétuelle, de chaque instant ». « Pour un travail définit, il peut y avoir 50 façons différentes de l’approcher, en fonction du temps, du matériel disponible, de l’efficacité des machines, de la santé des greens, des contraintes à côté. La beauté de ce métier c’est le milieu dans lequel tu travailles. Tu arrives le matin à 6 heures, qu’il n’y a pas de bruits, tu entends la faune du golf et celle qui l’entoure, qui vit. C’est vert, t’as l’impression d’être loin de la ville avec le soleil qui se lève. C’est hyper agréable ». Patrick fait clairement comprendre que, lorsque les clients commencent à arriver, le rythme s’intensifie. Il faut savoir travailler rapidement en évitant de déranger les joueurs.
« Travailler en équipe, c’est un renouvellement permanant »
Plus que 4 jours pour Patrick et son équipe. Un changement inopportun vient perturber le programme initial. Le temps se gâte sur toute la journée du mercredi, les obligeant à revoir leur priorité. Assis autour d’une table, tous planifient leur journée.
« Je suis responsable de quatre personnes. Il y a deux ans, l’équipe était composée d’un mécano en plus mais il est parti à la retraite. Le personnel n’est pas forcément remplacé. Il faisait deux golfs en même temps avec une autre personne. J’ai donc contacté un mécanicien de la société qui nous vend des machines pour qu’il puisse venir 1 journée par mois pour faire les vidanges ». Depuis qu’il est green keeper, Patrick a dû changer 2 fois d’équipe soit parce que ça se passait mal, soit parce que ses employés trouvaient un poste mieux payé dans d’autres golfs. Cependant depuis 2 ans, il a trouvé une certaine stabilité avec un adjoint, qui prend en charge les tâches dont lui-même ne peut pas s’occuper, ainsi que 3 jardiniers.
L’entretien des greens
Après avoir discuté du travail à accomplir pour le reste de la semaine, Patrick décide de s’atteler au plus gros en vue du grand prix : l’entretien des greens. Un passage obligatoire pour assurer la qualité du parcours.
« C’est important de savoir où on en est au niveau des stocks »
Comme il était prévu, la pluie tombe sur le golf de la Ramée. Un temps idéal pour faire l’inventaire. Equipé de sa fiche, Patrick fait le compte de tout ce qu’il y a en stock, que ce soit les produits, le sable, la semence, le carburant, la liste des filtres dont on se sert pour les machines ou les engrais. Il y a un compte tous les mois. En ce milieu de semaine, et ce, à 3 jours du début du grand prix, Patrick fait une dernière vérification. « Je fais le compte une dernière fois pour être sûr de ne manquer de rien. C’est important de savoir où on en est au niveau des stocks et surtout de la quantité d’argent à mobiliser que ça représente ». La tonte quotidienne le force donc à être au point sur tous les consommables afin de ne pas tomber à court avant la fin de la semaine.
Un green propice à la compétition
Plus que deux jours avant le début du grand prix. Patrick n’est pas tout seul. Il fait le tour des greens pour vérifier si tout est en ordre. Il est cette fois-ci, non pas accompagné par un jardinier, mais par l’arbitre attitré du week end. Ce dernier indique la profondeur et la distance des marques de départ par rapport au drapeau de chaque green pour les joueurs. « Nous ne travaillons pas tous de la même manière mais, pour ma part, j’aime bien indiquer par des points de peinture, l’emplacement de tous les jours, tandis que d’autres préfèrent le faire tous les jours après les rondes ». Finalement, le jour de la compétition, l’arbitre décide de l’emplacement exact des blocs de départ. Il peut, selon son envie, modifier l’emplacement des départs dépendamment des conditions climatiques prévues. Le jour J, les joueurs ont des cartes avec l’emplacement des drapeaux de chaque jour.
A l'attaque des bunker
Aux alentours des 11 heures, trois jardiniers se dirigent vers un des greens avec du matériel un peu différent, par rapport à d’habitude. Avec l’aide de Patrick, ils se préparent à l’entretien d’un bunker. Une tâche plutôt inhabituelle pour le golf qui manque d’effectif
« Les maladies planent au-dessus de toi comme une épée de Damoclès »
Il est à peine 6h en ce dernier jour avant le grand prix. Patrick sort du hangar avec une combinaison et s’apprête à combattre la maladie qui sévit le plus à cette période de l’année : le dollar spot.
« C’est une maladie en provenance des Etats-Unis, elle fait la taille d’un dollar américain et pose problème depuis quelques temps et de plus en plus tôt en saison jusqu’à très tard car il fait très doux », constate-t-il. Le traitement est appliqué localement le vendredi la plupart du temps. Pendant qu’il fait les trous, il en profite aussi pour s’occuper des taches provoquées par ce champignon. A l’époque il traitait une fois par mois. Il y avait des taches de sept ou huit centimètres. Il a essayé de faire un programme avec des trichoderma (champignons contre le dollar spot).
Au niveau des produits homologués plus grand-chose ne marche. Patrick essaye des méthodes alternatives avec du bio. Concernant le premier traitement, il a fallu qu’il passe un produit phytosanitaire (produit chimique utilisé pour soigner ou prévenir les maladies des organismes végétaux) en plus des trichoderma pour assurer des greens de qualité. « J’ai eu des années où le dollar spot est apparu dès le mois d’avril, mais c’est assez rare. La période pendant laquelle la maladie est extrêmement présente, c’est entre juin et octobre » Il a tout de même eu une année assez compliquée en termes de maladie. En 2015, Patrick dépasse son budget phytosanitaire de 3000 euros. Il avait beau traiter ça ne marchait pas. « Le Green 17 était tellement abimé par la maladie, que, lors d’un grand prix, un arbitre n’avait pas réussi à trouver l’emplacement pour poser le mat tellement le green était méconnaissable ».
L’adaptation du parcours
Pendant qu’il passe le traitement contre le dollar spot, Patrick en profite pour changer les bogey (pièce en plastique qui maintient le drapeau au fond du trou). Il les enlève, puis gratte les dépôts qui se sont mis au fond. Il utilise le pressoir pour sortir la carotte qui est rentrée en pression dans le cylindre. Il met ensuite un peu de sable pour combler l’ancien trou. Et ajuste au couteau pour relever les bords et ainsi faire la jonction avec le green. Il choisit ensuite un endroit pour créer un nouveau bogey. « C’est important de changer l’emplacement régulièrement. Il y a beaucoup de passage sur les greens ce qui entraine la dégradation du pourtour des trous. Ça permet aussi de diversifier le parcours pour avoir une approche différente du green. Même les habitués doivent adapter leur jeu en fonction de l’emplacement du bogey ».
