FRANÇOIS
MITTERRAND,
SI PROCHE DE
LA SAÔNE-ET-LOIRE

De la Roche à Solutré qu'il gravissait chaque année, à Cluny d'où venait sa belle-famille, en passant par le Morvan et le mont Beuvray où il voulait être enterré, retour sur les liens indéfectibles qui ont uni François Mitterrand à la Saône-et-Loire.

François Mitterand à la Roche de Solutré. Photo Archives LeJSL

François Mitterand à la Roche de Solutré. Photo Archives LeJSL

LA RENCONTRE

Évoquer les liens de François Mitterrand avec la Saône-et-Loire, c’est évidemment retracer la naissance de sa relation avec Danielle Gouze, celle qui deviendra son épouse, dans le contexte de la 2e Guerre mondiale.

1944. Danielle Gouze a 19 ans. Avec sa soeur Madeleine, elle a participé à l'exfiltration vers la Bourgogne de François Mitterrand, 27 ans. Le leader national d'un réseau de Résistance porte pour la seule période de sa vie la moustache. Il l'effacera pour leur mariage quelques semaines plus tard.

1944. Danielle Gouze a 19 ans. Avec sa soeur Madeleine, elle a participé à l'exfiltration vers la Bourgogne de François Mitterrand, 27 ans. Le leader national d'un réseau de Résistance porte pour la seule période de sa vie la moustache. Il l'effacera pour leur mariage quelques semaines plus tard.

La famille Gouze revient à Cluny fin 1940. Antoine Gouze vient d’être révoqué par le Gouvernement de Vichy de son poste de principal de collège à Villefranche-sur-Saône : il a refusé de lister les élèves juifs de son établissement. Antoine Gouze est né à Cluny en 1885. Il a épousé Renée Flachot en 1911 à Chalon-sur-Saône, ils ont donné naissance à trois enfants : Roger, Madeleine, et la cadette, Danielle en 1924.

Dès 1941, la famille Gouze s’implique dans la Résistance. Le foyer héberge des maquisards. En 1944, Madeleine Gouze a 29 ans, elle travaille à Paris, elle joue le rôle de boîte aux lettres vivante pour le compte du Mouvement national pour les prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) nouvellement créé. Ce réseau de renseignements est dirigé par François Mitterrand, traqué par la Gestapo, caché par des amis. Parmi eux, Roger-Patrice Pelat, un prétendant au cœur de Madeleine Gouze.

Et c’est au domicile de Madeleine, un jour du printemps 1944, que Roger-Patrice Pelat se rend avec son ami François. Sur le piano est posée une photo-portrait :

-”Qui-est-ce ?” demande François Mitterrand

-”Ma soeur, Danielle”

-”Elle est ravissante, je veux l'épouser”, rêve Mitterrand.

Quelques jours plus tard, pendant les vacances de Pâques, Danielle monte à Paris chez sa sœur. Les présentations sont organisées, Danielle a 19 ans.

Une jolie fille dont les yeux de chat admirables restent fixés sur un au-delà dont j’ignore les bornes et les accidents”.
François Mitterrand, juin 1944

Quelques semaines plus tard, Mitterrand, alias François Morland de son pseudonyme de résistant, doit fuir Paris, il est menacé. Les Gouze acceptent de l’héberger. Dans le train qui l’amène en Bourgogne, Morland-Mitterrand est accompagné de Danielle qui joue le rôle de l’amoureuse afin de tromper les agents de la collaboration.

Le rôle devient alors réalité. Dans une correspondance de juin 1944 vers sa cousine, François Mitterrand écrit “être en compagnie d’une jolie fille dont les yeux de chat admirables restent fixés sur un au-delà dont j’ignore les bornes et les accidents”.

Les jeunes résistants se fiancent rapidement. François Mitterrand et Danielle Gouze se marient le 27 octobre 1944.

L’attachement de François Mitterrand à la Bourgogne sera désormais indéfectible.

LE RITUEL DE SOLUTRÉ

Ce n'est pas une idée de François Mitterrand de grimper la Roche de Solutré. Et pendant quelques années, bien avant le cirque médiatique, la balade de Solutré se déroulait, non pas le lundi de Pentecôte, mais le jeudi de l'Ascension.

Le jeune couple François et Danielle Mitterrand est installé à Paris. Il loue un appartement rue Guynemer, il deviendra propriétaire rue de Bièvre. Leurs visites familiales à Jarnac (côté François Mitterrand) et à Cluny (côté Danielle Gouze-Mitterrand) sont très régulières.

A l'occasion des fêtes de l'Ascension 1946, les retrouvailles familiales se tiennent à Cluny. Au terme d’un repas de famille, Roger Gouze, frère aîné de Madeleine et Danielle, suggère une promenade digestive et souhaite faire découvrir la Roche de Solutré à son beau-frère.

François Mitterrand est subjugué par cette vision à 360° sur ce site naturel. Avec Roger, ils conviennent qu'ils reviendront sur ce sentier de Pouilly l'année suivante.

Le rituel est désormais instauré. Les jeudis de l'Ascension, François Mitterrand gravit Solutré, en famille, mais aussi avec des amis anciens résistants sur la région.

Vers 1950/1951, la météo s'avère très maussade ce jeudi de l'Ascension. La balade est reportée aux retrouvailles de la Pentecôte quelques semaines plus tard. Désormais, la marche de la Roche de Solutré se déroulera le week-end de la Pentecôte (sauf en 1968, la balade sera décalée en juillet). Au fur et à mesure de l'ascension politique de François Mitterrand et suite au mariage de Madeleine Gouze avec Roger Hanin en 1959, le groupe familial s'élargira parfois à quelques VIP et amis politiques du Parti socialiste.

Très régulièrement, la visite est précédée d'un repas à l'auberge de Solutré ou à l'auberge de la Rochette à Bourgvilain.

A partir de l'accession de François Mitterrand à la Présidence de la République, ce rendez-vous familial de respect, d'amitié, de convivialité devient très médiatisé puisque depuis 1985, le Président a autorisé la diffusion des images. Les derniers mètres de la montée virent à la cohue. François Mitterrand s'en offusquera par un monumental pied-de-nez en 1992 (lire ci-contre).

En 1995, c'est l'ultime ascension, la cinquantième. Quatre jours après une opération, à 78 ans, il ne peut parcourir que quelques dizaines de mètres à pied.

Au sommet de la Roche de Solutré en 1991: la chienne Baltik, François Mitterrand, Roger Gouze (beau-frère), Jack Lang, ex-ministre de la Culture. (Photo Jean-Paul Gollin)

Au sommet de la Roche de Solutré en 1991: la chienne Baltik, François Mitterrand, Roger Gouze (beau-frère), Jack Lang, ex-ministre de la Culture. (Photo Jean-Paul Gollin)

François Mitterrand a contribué à la notoriété de Solutré-Pouilly. Un des maires du village s'en amusait "M. Mitterrand est le meilleur VRP du village!". (photo Archives LeJSL)

François Mitterrand a contribué à la notoriété de Solutré-Pouilly. Un des maires du village s'en amusait "M. Mitterrand est le meilleur VRP du village!". (photo Archives LeJSL)

1992. Quelques amis de François Mitterrand s'inquiètent de la cohue qui les attendent pour la balade de la Roche de Solutré. Qu'à cela ne tienne, François Mitterrand décide que le groupe d'amis grimpera la roche voisine de Vergisson. Il ne prévient personne, hormis Jean-Paul Gollin, le photographe du JSL !

1992. Quelques amis de François Mitterrand s'inquiètent de la cohue qui les attendent pour la balade de la Roche de Solutré. Qu'à cela ne tienne, François Mitterrand décide que le groupe d'amis grimpera la roche voisine de Vergisson. Il ne prévient personne, hormis Jean-Paul Gollin, le photographe du JSL !

LE DESTIN POLITIQUE DÉBUTE
DANS LE MORVAN

François Mitterrand se rapproche du Morvan pour son entrée en politique. De Nevers à la lisière de la Saône-et-Loire, il s'appuie sur des mandats locaux de 1946 à 1981 pour construire son ascension jusqu'au sommet.

A 30 ans, après avoir conquis un premier mandat de député de la Nièvre, François Mitterrand sera le plus jeune ministre d'un gouvernement.

A 30 ans, après avoir conquis un premier mandat de député de la Nièvre, François Mitterrand sera le plus jeune ministre d'un gouvernement.

10 Mai 1981 : à 66 ans, François Mitterrand est élu Président de la République. Il est acclamé ici à Château-Chinon où il sort de son "repère", l'Hôtel du vieux Morvan. (Photo AFP)

10 Mai 1981 : à 66 ans, François Mitterrand est élu Président de la République. Il est acclamé ici à Château-Chinon où il sort de son "repère", l'Hôtel du vieux Morvan. (Photo AFP)

Eté 1946. François Mitterrand cherche à entrer en politique. Il vient d'échouer dans une circonscription de la Seine.

Son destin politique manque de prendre forme en Saône-et-Loire. En effet, il se porte candidat pour la candidature UDSR aux Législatives dans le département, circonscription de Chalon-sur-Saône. Méconnu, les militants lui préfèrent André Moynet. Henri Queille (Parti Radical, centre gauche) l'aiguille vers la Nièvre. Il n'y connaît personne, mais obtient des soutiens conservateurs qui lui assurent le gain d'un mandat de député de la Nièvre. Moins d'un an plus tard, il est déjà nommé ministre dans le gouvernement provisoire Ramadier.

L'ancrage politique bourguignon se rapproche très rapidement de la Saône-et-Loire en mars 1949 : il se présente sur le secteur de Montsauche-les-Settons, au coeur du Morvan, pour les élections cantonales. Il a acquis quelques mois auparavant un terrain où il a aménagé un étang à Planchez-en-Morvan. Très adroit dans ses campagnes de terrain, il étale déjà son sens de la répartie :

Dimanche, je passe comme une lettre à La Poste" assure son adversaire, il réplique "Dimanche, La Poste est fermée!"

Il est élu conseiller général dès le 1er tour avec 52% des voix.

12 ans plus tard, en 1959, il devient maire de Château-Chinon, son mandat local le plus iconique. D'une part, parce qu'il n'aura de cesse d'appuyer son action politique sur le quotidien des Français, un pragmatisme que lui renvoient les Morvandiaux qu'il côtoie tous les week-ends. D'autre part, parce que le 10 mai 1981, jour de son élection à la Présidence de la République, la France entière découvre la joie de François Mitterrand et de son épouse à la terrasse de l'Hôtel du vieux Morvan, l'établissement de Château-Chinon où il s'installait tous les week-ends, dans la chambre 15, malgré une adresse officielle dans le village, restée assez mystérieuse pourtant.

EN QUELQUES DATES

Sans être exhaustif, quelques moments que François Mitterand a partagé en Saône-et-Loire, avec ses amis, des chefs d'Etat, un prix Nobel de la Paix, ses coups de coeur.

11 août 1948 : il inaugure le monument aux morts de Cluny, en tant que ministre des Anciens combattants.

5 mars 1978 : dans le cadre de la campagne aux élections législatives, il appuie la candidature du député sortant, Pierre Joxe, qu'il a lancé en politique, par sa présence au meeting de Blanzy.

1981 : Nouveau Président de la République, François Mitterrand accède aux moyens logistiques de la fonction. Quatre ou cinq fois par an, il se rend dans "son" fief de Château-Chinon. Il a souvent atterri sur l'aérodrome d'Autun-Bellevue à bord d'un Mystère 50, avant de rejoindre Château-Chinon par hélicoptère ou en voiture.

21 septembre 1981 : lancement et inauguration du TGV. Il descend à quai de la gare de Mâcon-Loché saluer le maire de Mâcon, Michel-Antoine Rognard à l'époque, remonte et descend à la gare de Montchanin pour les discours inauguraux après ceux de Lyon.

20 avril 1985 : Il effectue une visite à Autun, en particulier au musée Rolin, en compagnie de son garde des Sceaux Robert Badinter. Le déplacement est quasiment improvisé, les officiels à peine prévenus que la voiture présidentielle se gare devant la fontaine Saint-Lazare.

17 septembre 1985 : lors d'une visite dans le Morvan, il déclare le Mont-Beuvray, site national et l'inscrit dans les grands projets culturels nationaux. Les fouilles archéologiques sont relancées (elles étaient à l'arrêt depuis 70 ans) et permettront une compréhension décisive de l'importance du Mont-Beuvray à l'époque gallo-romaine.

16 juillet 1986 : juste après des voyages présidentiels à New-York puis à Moscou desquels il revient pour les cérémonies du 14 juillet à Paris, il se rend à... Bouzeron. Homme à l'amitié fidèle, François Mitterrand assiste aux festivités du 50ème anniversaire de l'accession à la mairie du village de son ami France Lechenault

8 décembre 1987 : inauguration d'une nouvelle unité de production de la SNECMA au Creusot. Il y dédicace une turbine d'avion avant de se rendre à Montceau-les-Mines. A son ami Camille Dufour, maire du Creusot, il confie qu'il sera candidat pour un deuxième mandat présidentiel.

29 avril 1989 : François Mitterrand effectue une visite au Mont Beuvray avec plusieurs ministres. Il découvre les chantiers d'archéologie relancés depuis 1985, et l'intérêt de scolaires en visite. Il insiste pour que quelques uns viennent à sa table, sous chapiteau, pour le repas.

12 octobre 1990 : présent aux festivités célébrant le bicentenaire de la naissance de Lamartine à Mâcon, François Mitterrand, admirateur du poète dont il disait qu’il était son double, délivre une allocution en ouverture du colloque.

23 mai 1994 : François Mitterand accueille Mikhaïl Gorbatchev en Saône-et-Loire. Après avoir visité des églises romanes le matin, et déjeuné dans un restaurant des bords de Saône, les 2 hommes d'Etat plantent un chêne dans les jardins du château de Cormatin.

4 avril 1995 : inauguration du musée de Bibracte au Mont-Beuvray. C'est l'aboutissement d'un projet de plus de 10 ans qui se double d'un centre de recherche archéologique international à quelques centaines de mètres, à Glux-en-Glenne.

5 mai 1995 : François Mitterrand acquiert secrètement, par le biais du Parc du Morvan et de son président René-Pierre Signé, maire de Château-Chinon, une petite parcelle au sommet du Mont Beuvray. L'ancien Président de la République aurait souhaité être enterré sur ce lieu emblématique du Morvan, chargé de symboles. L'affaire est révélée par la presse durant l'été, et provoque une polémique à laquelle participent des habitants locaux. La famille y renonce : François Mitterrand ne reposera pas à la frontière de la Saône-et-Loire et de la Nièvre, mais en Charente, à Jarnac, sa commune de naissance.

Lundi 8 janvier 1996 : annonce du décès de François Mitterrand

La Une du JSL du 9 janvier 1996, consacrée à la disparition de François Mitterrand.

La Une du JSL du 9 janvier 1996, consacrée à la disparition de François Mitterrand., image