Y avait-il faute sur Antoine Griezmann ?

Le match entre la France et la Belgique aura tenu toutes ses promesses. Tant au niveau du spectacle offert par les joueurs qu’au niveau des rebondissements. L’un des faits de jeu de cette rencontre est incontestablement le pénalty sifflé sur Antoine Griezmann suite à une faute de Youri Tielemans. Au-delà des avis prononcés que l’on peut entendre lors de la troisième mi-temps et des discussions subjectives de supporter chauvin : que dit le protocole ? Y avait-il faute sur Antoine Griezmann ?

Si vous êtes belge, le pénalty accordé à la France peut sembler généreux. Si vous êtes français, le pénalty a été logiquement accordé. Et si vous étiez arbitre ? Encore une fois, pas évident de trancher. Les règles pourtant claires du côté de l’IFAP[1] et le protocole à suivre minutieusement défini pour les arbitres. Ajoutez à cela l’intervention de l’assistance vidéo à l’arbitrage (ou VAR[2]) quasi-systématique dans la plupart des situations litigieuses, les arbitres sont inévitablement attendus au tournant lors de la moindre mauvaise décision.

 L’arrivée de l’assistance vidéo dans le monde du football devait permettre une plus grande exactitude dans la prise de décision de la part des arbitres. Ce qu’elle ne devait en revanche pas faire, c’est lui voler la vedette. L’arbitre reste en effet maître de sa décision et cette dernière doit être prise sur le terrain. Pour les défenseurs les plus rugueux, c’est évidemment plus contraignant. Désormais, tous les contacts sont scrutés au millimètre près par le VAR. Ce qui ne veut pas dire que les arbitres sont plus sévères qu’auparavant ou qu’ils laissent moins jouer. Prenez-le autrement : auparavant, beaucoup trop de fautes n’étaient pas sanctionnées.

 Concrètement, le VAR intervient lors de phases de jeu clairement définies : lors d’un potentiel pénalty ou carton rouge, sur la validation d’un but et lorsque l’arbitre se trompe sur l’identité d’un joueur. De plus, il intervient uniquement en cas d’ « erreur manifeste » ou d’un « incident grave manqué ». C’était donc le cas hier à la 68ème minute. De plus, l’arbitre se base sur une grille d’analyse, elle aussi très claire. Dans notre cas, elle s’applique comme ceci : 

1)    Tielemans a-t-il touché le ballon ? Oui ou Non

2)    Y a-t-il contact entre Tielemans et Griezmann ? Oui ou Non

3)    La potentielle faute impacte-t-elle l’action ? Oui ou Non

 Cette grille d’analyse, sur laquelle les arbitres doivent se baser, suffisait donc à siffler le pénalty hier soir. Malgré tout, elle ne se satisfait pas à elle-même et laisse une large place à l’interprétation. Évidemment, qui dit interprétation, dit critique. Heureusement, l’unanimité n’a jamais existé dans le football et n’existera jamais. Les mains dans la surface de réparation, les contacts entre deux joueurs et l’engagement sont autant de situations qui ne peuvent pas être analysées rationnellement. Elles sont nommées les « zones grises » par l’UEFA.

Mais à quoi sert le VAR lorsqu’on se situe dans une « zone grise » ? Et bien normalement à rien. Effectivement l’UEFA préconise de ne pas intervenir lorsqu’on se retrouve dans ce genre de situation. C’est à l’arbitre de trancher, à tort ou à raison. Ce protocole vise à garder une cohérence dans la prise de décision et à maintenir une certaine liberté pour les arbitres. Encore une fois, heureusement ! Les facteurs à prendre en considération seraient bien trop nombreux pour s’essayer à un arbitrage dicté uniquement par le VAR.

 Malgré tous ces éléments, le casse-tête est réel pour les arbitres principaux qui ne savent parfois pas où donner de la tête et qui sont les premiers ciblés lors d’une erreur. Alors, peut-on critiquer la décision de M. Siebert à l’Allianz Stadium hier soir ? Il suffit simplement d’analyser l’action autrement : à n’importe quel autre endroit du terrain, il y aurait eu faute. Malheureusement pour les Diables Rouges c’était dans leur surface de réparation : pénalty.

[1] The International Football Association Board

[2] Video Assistant Referee

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