Un match et des stats à deux vitesses

D’apparence si souverains et sûrs de leur fait en 1ère mi-temps, les diables rouges ont rendu les armes face à des bleus revenus du vestiaire le couteau entre les dents. Que nous disent les datas de ce revirement de situation ?

Ce jeudi, le niveau affiché de part et d’autre avant et après la pause était si contrasté, qu’on avait quasiment le sentiment d’avoir assisté à deux matchs en un. 56% de possession et 8 tirs à 4 pour la Belgique en première mi-temps, 55% de possession et 12 tirs à 3 pour la France en deuxième mi-temps.

La dimension émotionnelle et mentale, particulièrement dans une rencontre aussi spéciale que celle-ci, ne doit évidemment pas être occultée. Roberto Martinez l’a d’ailleurs directement invoqué en zone mixte à l’après-match : les diables rouges ont été « trop émotifs » (sic)... Néanmoins, sans remettre en cause les propos du sélectionneur, cette analyse ne nous offre que peu de données « mesurables » pour expliquer la deuxième mi-temps transparente des diables. Les feuilles de stats n’affichent, à ce jour, pas de données relatives au stress, à la pression, ou au degré de confiance des joueurs. Alors, à défaut, creusons dans l’univers vaste et ultra-tendance des « datas », pour essayer de rationaliser certaines observations…

Marche arrière toute !

En première période, les deux sélections évoluent à des positions moyennes (distance qui les séparent de leur propre but) quasiment équivalentes. Toutefois, les diables parviennent à installer leur jeu de possession et combinent mieux que leur adversaire dans les 30 derniers mètres (151 passes dans cette zone, contre 85 pour la France). Le bloc français, attentiste et assez bas, offre trop de libertés à De Bruyne, qui touche beaucoup de ballons (70), et qui amène le danger (4 passes clés) en se positionnant dans les demi-espaces, comme sur le but de Romelu Lukaku (41’).

Après la pause, le rapport de force dans le positionnement moyen des équipes se déséquilibre nettement. La France joue plus haut et la Belgique se retranche dans sa moitié de terrain (position moyenne à 32m du but de la 45’ à la 60’). Les français mettent le pied sur le ballon (63% de possession de la 45’ à la 69’). Les joueurs d’habitude décisifs en reconversion s’avèrent peu disponibles (seulement 30 ballons touchés pour De Bruyne, 21 pour Carrasco). Les diables allongent leur jeu (6% de passes longues, contre 2% en 1ère M-T) et leurs longues séries de passes se raréfient (moyenne de 46,4 passes en 1ère M-T, contre seulement 13,6 passes en 2ème M-T). Par conséquent, la Belgique ne se procure que peu d’occasion. Et, sans compter le but annulé de Lukaku en fin de rencontre, ne se montre dangereux devant la cage adverse qu’à une seule reprise (51’ Lukaku, xG : 0,24).

Les bleues se la joue blues…

En cause, un pressing plus intense et mieux coordonné de la part de l’ensemble des bleus. À l’image de la récupération de Mbappé sur la réduction du score de Benzema, les deux attaquants ne ménagent pas leurs courses et sont très précieux dans le contre-pressing. Pogba, quant à lui, commence à évoluer un cran plus haut et accompagne Griezman dans le pressing sur la paire Witsel-Tielemans. Une volonté de bloquer la relance, qui permet d’ailleurs la récupération de Pogba sur l’action qui mène au penalty.

Les diables, qui n’avaient perdu que 4 ballons dans leur moitié terrain en première mi-temps, en perdent 14 en seconde période. D’autant que Witsel et Tielemans, harcelés au milieu (12 pertes de balle en 71’ pour Tielemans), n’ont pas suffisamment été aidé dans la construction par leurs défenseurs centraux. Avec seulement 14 progressive passes, le trio Vertonghen-Denayer-Alderweireld fait beaucoup moins bien que le trio Koundé-Varane-Lucas (38 progressive passes).

Bien que reflétant plutôt fidèlement la physionomie des deux périodes, une analyse purement arithmétique comme celle-ci reste toutefois toujours à nuancer. Il ne s’agit là que d’une grille de lecture du match parmi tant d’autres. Malgré cette deuxième mi-temps à sens unique (2,32xG à 0,53 xG), la victoire française s’est finalement jouée sur deux faits de match. Toutes les statistiques globales, qui confortent dans l’ensemble le succès français, n’auraient pas forcément eues la même valeur si le VAR n’était pas intervenu...

Néanmoins, Didier Deschamps peut envisager les qualifications pour le Mondial 2022 avec optimisme. En une mi-temps, son équipe a prouvé avoir les capacités nécessaires pour développer un football moderne, solidaire et intensif. Roberto Martinez, quant à lui, doit toujours se demander comment trouver la clé face à ces équipes, comme l’Italie à l’Euro, qui viennent presser si haut nos diables.

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