À l’heure de la trêve hivernale, la détresse des personnes expulsées face au blocage des puissances publiques

Une habitante du 40 Quai Arloing partage sa chambre avec trois autres femmes. Photo Clémence Boissier

Une habitante du 40 Quai Arloing partage sa chambre avec trois autres femmes. Photo Clémence Boissier

Desert plains beneath a blue sky

Une habitante du 40 Quai Arloing partage sa chambre avec trois autres femmes. Photo Clémence Boissier

Une habitante du 40 Quai Arloing partage sa chambre avec trois autres femmes. Photo Clémence Boissier

Quelques semaines avant la trêve hivernale, dans l’agglomération lyonnaise, les expulsions des squats s'intensifient et l'hébergement d’urgence est saturé. Un squat a réussi à ne pas être évacué, celui du quai Arloing. Pour venir en aide aux personnes expulsées, les associations font face à la complexité de la répartition des compétences entre État et Métropole.  

“Je ne sais pas ce qui va se passer mais on est fatigué. Ce qui est important pour moi, c’est que les enfants aient une chambre”, raconte Nabila, une jeune femme de 30 ans. Après trois ans d’allers-retours entre la rue, les squats et les chambres d'hôtel avec son mari et ses 3 enfants âgés de 2 à 10 ans, elle est hébergée jusqu’au 5 mai au 40 quai Arloing. Ce bâtiment de 4 étages, occupé illégalement par 80 personnes accompagnées par le collectif Solidarité entre Femmes à la Rue depuis juillet, est l’un des seuls à avoir échappé aux expulsions en série qui ont ponctué l’actualité avant la trêve hivernale du 1er novembre.

L'appartement est occupé par la famille de Nabila ainsi que deux autres familles. Photo Clémence Boissier

L'appartement est occupé par la famille de Nabila ainsi que deux autres familles. Photo Clémence Boissier

Des expulsions à la chaîne 

Dans la continuité de l’année 2023, la préfète du Rhône, Fabienne Buccio, a fait évacuer les habitants de la rue de Bourgogne (Lyon 9e), du squat de la rue Dedieu (Villeurbanne), de l’ECG puis de la rue Chevreul (7e) ou encore le squat de la rue Neyret (Lyon 1er). 47 jeunes, principalement des mineurs non accompagnés en recours de minorité, logeaient rue Neyret et se sont retrouvés à la rue. Ils ont été mis à l’abri par la maire du 1er, Yasmine Bouagga, dans une salle municipale, jusqu’au 3 novembre.

Alpha, jeune mineur isolé originaire de Guinée Conakry y était : “On n’a aucune nouvelle pour notre situation. On doit reprendre l’école ce lundi mais on ne sait pas où on va dormir.” Pour Lisa Lamboley, bénévole du Collectif migrants Croix-Rousse qui accompagne ces jeunes mineurs isolés : “La mairie du 1er a bien voulu les héberger mais ce n’est pas de son ressort. La Métropole et la Préfecture se renvoient la balle, sauf qu’à la fin il n’y a pas de solution de relogement pour ces jeunes mineurs”.

Small yellow flowers growing from stone.

Le 2 octobre, une jeune fille est expulsée de l'ECG (3ème arrondissement) avec ses parents. Photo Clémence Boissier

Le 2 octobre, une jeune fille est expulsée de l'ECG (3ème arrondissement) avec ses parents. Photo Clémence Boissier

“Que vont devenir les enfants et les familles qui ont été mises à la rue?”

Avec un hébergement d’urgence saturé dans l’agglomération lyonnaise, l’arrivée de l’hiver inquiète les collectifs de soutien parmi lesquels Jamais sans toit. Selon le baromètre “Enfants à la rue” 2024, « dans le Rhône, au moins 160 familles sont aujourd’hui à la rue. Ils étaient 87 en 2023. Soit une hausse de 84 % en une année et de 20 % en quatre ans ». D’après Raphael Vulliez, co-fondateur de l’association Jamais Sans Toit, 14 écoles sont déjà occupées : 12 à Lyon, une à Villeurbanne et une à Vénissieux. “On devrait arriver à une vingtaine d’écoles occupées d’ici les vacances de Noël”, prévient-il. En 10 ans, l’association compte 197 occupations. 823 enfants ont été hébergés depuis 2014.

Gymnases, salles municipales, écoles, squats… Les mesures temporaires s’accumulent. Même pour les habitants du 40 quai Arloing abrités jusqu’au début du printemps, l'inquiétude de l’après reste présente. « Le collectif et les habitants devront s’engager à quitter l’immeuble le 5 mai, pour que le chantier de logements sociaux débute. Cette date sera appliquée », disait Renaud Payre, vice-président de la Métropole. Pour Juliette Murtin, fondatrice du collectif Solidarité entre femmes à la rue, la lutte ne s’arrête pas. “Après l’élection de Sandrine Runel comme députée, le projet des 60 places promises aux femmes du collectif a été abandonné. Sophia Popoff ne reprend pas le dossier”, indique-t-elle. Cette dernière, nouvelle adjointe au Logement et Renouvellement Urbain, répond dans un entretien pour ActuLyon que la Ville “est mobilisée alors que nous n'avons aucune compétence en la matière” (...) et que l’hébergement d’urgence relève de la compétence de l’État.

“Notre ennemi commun, c’est l’État”

Continuer à mettre la pression sur l’État : c’est d’ailleurs, malgré les tensions et les difficultés de communication, ce sur quoi s’accordaient les élus de gauche présents et les collectifs de soutien lors de la table ronde “Sans-abrisme, que peut le politique?” organisée par le PC, le vendredi 4 octobre.  

La députée écologiste, Marie-Charlotte Garin était présente. Plaidant “pour plus de coopération entre les collectifs et les collectivités, parce que notre adversaire commun c’est l’État” (Rue89 Lyon), elle a déposé le 10 octobre, une résolution signée par 150 députés transpartisans “visant à mettre fin au sans-abrisme des enfants” à l’Assemblée Nationale. Renaud Payre rejoint la députée: “Il ne faut pas se tirer une balle dans le pied, il faut porter le projet ensemble, face à l’État qui ne fait pas appliquer la loi”. 

Raphael Vulliez, lui, devra attendre le 28 novembre pour être reçu à la Préfecture avec l’Association Jamais Sans Toit. “On devait être reçus le 17 octobre. Mais elle ne peut rien faire sans le vote des budgets”, précise-t-il. 

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Dans les étages du 40 Quai Arloing. Photo Clémence Boissier

Dans les étages du 40 Quai Arloing. Photo Clémence Boissier

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Les familles sont nombreuses dans chaque appartement. Photo Clémence Boissier

Les familles sont nombreuses dans chaque appartement. Photo Clémence Boissier

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"Sans abrisme à Lyon: que peut le politique?", table ronde organisée par le PCF, Mairie du 3ème arrondissement, Lyon. Photo Clémence Boissier

"Sans abrisme à Lyon: que peut le politique?", table ronde organisée par le PCF, Mairie du 3ème arrondissement, Lyon. Photo Clémence Boissier

Les collectifs

Collectif Jamais Sans Toit

Collectif Solidarités entre femmes à la rue
Collectif Soutiens Migrants Croix Rousse

Pour retrouver les photos :

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