Le quartier Kypseli, nouveau repaire des artistes athénien·nes
Quartier résidentiel du nord d’Athènes, Kypseli s’impose comme une place forte en attirant de nombreux·euses artistes. Un développement pas sans conséquences, dans une ville frappée par la hausse des prix.
Kiriakos Spirou est assis à la table du Kick, un café hipster à Kypseli. Lunettes de soleil pendues sur le col de sa chemise en lin et tasse de thé à la main, l’artiste raconte ce quartier qu’il connaît si bien, lui qui l’habite depuis dix ans. “Ce n’était pas comme ça lorsque je suis arrivé, plaisante-t-il. Aujourd’hui, le lieu est plus attractif. La vie nocturne se développe avec l’ouverture de bars branchés et de boîtes de nuit”.
Décrit comme le meilleur quartier d’Athènes par le magazine culturel britannique TimeOut en 2023, Kypseli sort peu à peu de l’anonymat d’une zone résidentielle.
Un quartier en reconstruction
Depuis la fin de la crise, les artistes sont nombreux·euses à s’y installer, attiré·es par les prix bas et les espaces disponibles. “Quand j’ai trouvé cette galerie, je croyais rêver, tellement elle était grande. C’est quelque chose que je n’aurais jamais pu avoir ailleurs”, s’exclame Angelo Plessas, athénien de naissance. Les galeries d’art remplacent les boutiques abandonnées et ravivent l’intérêt des Athénien·nes pour le quartier. Les plus ancien·nes se souviennent qu’il était un îlot bourgeois très prisé pour la fête dans les années 1960. Mais avec le temps et le développement du tourisme, la vie athénienne s’est déplacée vers le centre-ville. Les lieux de fête ont fermé et Kypseli s’est appauvri, si bien qu’une partie était quasiment à l’abandon il y a dix ans. Ces changements, Augustus Veinoglou les a vus de ses yeux, lui qui a grandi dans le quartier et fondé la résidence d’artiste Snehta. “Il n’y avait presque pas d’artistes à Kypseli, les gens avaient peur de venir à cause de l’insécurité. Aujourd’hui, tout ça n’existe plus”. Et il n’est pas étranger à ce renouveau, puisqu'il a accompagné plus de 100 artistes dans sa résidence.
Si bien que le quartier de Kiriakos et d’Augustus s’impose comme l’une des nouvelles places fortes de l’art à Athènes. C’est surtout en raison du déclin d’Exárcheia, quartier artistique et anarchiste situé au nord de la ville, détruit par la gentrification. Touristes et promoteur·rices ont fait grimper les prix si haut que de plus en plus d’habitant·es sont contraint·es de le quitter et rejoignent Kypseli. “Maintenant, les artistes d’Exárcheia vont à Kypseli, c’est le quartier d’à côté et on peut les joindre en quinze minutes”, détaille Peik Elias, un artiste norvégien installé à Athènes depuis un an.
La gentrification, ennemi aussi à Kypseli
Pour autant, Kypseli souffre aussi de l’augmentation des prix. Les loyers ont déjà gonflé de plus de 16% depuis 2019 et cela entraîne des changements sociologiques dans la population. “En plus des artistes, les nouveaux habitants sont souvent des jeunes avec un emploi créatif ou des digital nomads”, selon Kiriakos Spirou, toujours assis à la terrasse du café branché. Ces dernières années, ces espaces se sont multipliés dans le bas du quartier, plus accessibles aux visiteur·euses, encore peu attiré·es par les pentes, restées plus populaires. Mais la gentrification devrait gagner l’ensemble de Kypseli à l'arrivée du métro en 2029. “Les prix sont déjà très élevés, mais c’est certain que le métro va accélérer tout cela. Il va apporter de nouvelles populations qui ne venaient pas jusqu’ici et sûrement éloigner encore plus les pauvres du centre d’Athènes”.
“On ne retrouvera jamais à Kypseli cette identité politique et contestataire”
À Exárcheia, quartier voisin lui aussi touché par le métro, les habitant·es ont multiplié les manifestations. Mais pas à Kypseli. “Tout le monde est pour le métro parce que le quartier est quand même un peu enclavé. Les gens le voulaient pour que ce soit plus facile d’aller travailler ou de sortir”, affirme-t-il. Un constat que partage Martina Charalambi, l’administratrice de la résidence d’artiste Snehta, qui ne comprend pas les comparaisons faites entre les deux quartiers : “On ne retrouvera jamais à Kypseli cette identité politique et contestataire”. Souvent décrit comme le “nouvel Exárcheia”, Kypseli se contente d’accueillir les artistes chassé·es par la gentrification. Mais la singularité du premier vient surtout de sa politisation et de sa vie communautaire. Et même si Kypseli est amené à devenir une nouvelle place forte, son histoire s'écrit avec une encre différente, celle d’un quartier historiquement calme et résidentiel, loin de l'excitation de son voisin.
