J’ai pris un selfie avec Eden Hazard

Neuf buts, quarante-et-une frappes, une multitude de situations dangereuses, et pourtant, le moment le plus intense de ce match opposant la Belgique à Saint-Marin, restera pour moi cette photo prise à 22h43 avec le capitaine des Diables Rouges, Eden Hazard. Retour sur une soirée un peu spéciale, jeudi au stade Roi Baudouin.

Eden Hazard et un fan aux faibles capacités de cadrage.

Eden Hazard et un fan aux faibles capacités de cadrage.

Eden Hazard et un fan aux faibles capacités de cadrage.

17h32. Nous sortons de la station de métro du stade Roi Baudouin. Notre arrivée de bonne heure nous autorise un détour par la friterie, aux abords du stade. J’enfile mon cornet puis mes écouteurs et nous entamons la réalisation de nos billets sonores, à destination de notre émission radiophonique spéciale, mise en place à l’occasion de ce match. On prend nos repères entre les tribunes et la pelouse, sur la piste du stade. Difficile de cacher l’émotion de se retrouver à cette place, si près du rectangle vert, alors que depuis tout petit, en grand fan de football, je restais cantonné aux places assises en tribunes, ou derrière mon téléviseur. Là, on se dit qu’on fait partie de ce monde privilégié, qui vit le match au plus près, qui peut côtoyer les joueurs, témoin premier du spectacle proposé. Discussions avec des stewards, des supporters belges, saint-marinais, le temps file et le stade se remplit.

20h45. Le match débute. Je remonte m’installer en tribune de presse vivre ce début de rencontre. Malgré l’opposition du jour particulièrement faible, sur le papier, les supporters sont au rendez-vous et mettent l’ambiance. Ce soir, la Belgique peut officiellement assurer son ticket pour l’Euro 2020. On comprend très rapidement que Saint-Marin n’aura guère mieux à offrir que toute sa vaine volonté de résistance. Un peu dur, dit comme ça, pour de valeureux joueurs qui se mesurent à des adversaires aux entraînements et aux aptitudes bien plus développés qu’eux. Mais la réalité du terrain nous promet que l’ouverture du score est davantage une question de temps plutôt qu’une question de probabilité. 28ème minute de jeu, récupération haute de Youri Tielemans, qui transmet à Lukaku à l’entrée de surface. Une accélération et un passement de jambes plus tard, l’attaquant belge ouvre le score pour les siens, d’une frappe puissante au premier poteau. 1-0.

21h16. En tribune latérale, Sofiane et Florian ont le sourire après le 50ème but de Romelu Lukaku en sélection nationale. À peine le temps de le célébrer et d’échanger quelques mots, que Nacer Chadli agrandit l’écart, d’une enroulée rasante des 20 mètres. Je suis témoin, en direct à la radio de notre émission spéciale, du stade se levant à l’unisson. Je dois alors commenter ce second but et l’euphorie générale qui s’en suit. Un peu comme quand j’étais petit et que je m’auto-commentais des matchs fictifs que je m’imaginais dans ma tête. Aujourd’hui tout va bien, je vous rassure. J’avais toujours rêvé de faire cela, pour de vrai. Les Belges ont fait le plus dur en inscrivant ces deux premiers buts. Mise à part Thibault Courtois et Thomas Vermaelen, l’entièreté de l’équipe belge passe le plus clair de son temps dans le camp adverse, à multiplier les assauts pour aggraver la marque. C’est chose faite à la mi- temps. Le score est porté à 6-0. D’ailleurs, mes collègues ne manquent pas de me rappeler mon pronostic d’avant-match. « Un match pas si facile que cela, je vois 3-1 pour la Belgique. »

21h35. Le président des ressortissants saint-marinais de Belgique ne perd pas le moral. Entouré d’une vingtaine de supporters bariolés de blanc et de bleu, couleurs de l’équipe de football de l’enclave italienne, il brandit fièrement le drapeau de Saint-Marin. Pour lui comme pour les soixante-quatre autres ressortissants saint-marinais de Belgique, le résultat est secondaire ce soir. C’est avant tout un jour de fête car ils sont représentés. La pause est l’occasion pour eux de se réhydrater. La boisson choisie, vous la connaissez.

22h08. Le score n’a pas bougé. L’ambiance du stade non plus. La chaleur dégagée par l’enthousiasme des supporters ne semble pas avoir diminué. Après être allé à la rencontre de certains d’entre eux, je retrouve ma place en tribune de presse. J’apprécie le jeu proposé par les locaux. J’aime les passes courtes, rapides, la possession. Ce soir, on est servis. 767 passes, 91% d’entre elles réussies, les statistiques sont vertigineuses. Parfois, je me dis que la Belgique méritait sa place en finale de la dernière Coupe du Monde. Mais l’histoire n’est pas à refaire, c’est bien nous qui avons soulevé la coupe, malgré un jeu beaucoup moins spectaculaire. Depuis plus d’un an, je ne suis pas peu fier de chambrer mes amis belges là-dessus. En revanche, ce soir, ce sont bien les Diables qui sont à l’honneur et mon écrasante minorité me pousse à garder bien discrètes mes origines vosgiennes.

22h20. À un peu plus de dix minutes du terme de la rencontre, le record de la plus large victoire semble compliqué à atteindre. Il faudrait inscrire quatre buts supplémentaires pour dépasser le dix buts à un, infligé à ces mêmes saint-marinais, dix-huit ans plus tôt. Trois minutes après son entrée en jeu, en lieu et place de Romelu Lukaku, auteur de deux buts et une passe décisive, logiquement élu homme du match, Christian Benteke ajoute un septième but pour la Belgique. Cette fin de match est également l’occasion de témoigner de l’immense potentiel du jeune joueur anderlechtois, Yari Verschaeren, dix-huit ans seulement. Le petit et fin technicien régale le public de quelques gestes révélateurs de son talent. Alors quand il obtient un pénalty à quelques minutes de la fin de la rencontre, Yannick Ferreira-Carrasco, tireur désigné, lui offre une belle récompense et l’opportunité d’inscrire son premier but en sélection nationale. Contre-pied parfait, 8-0.

22h41. C’est l’heure de la communion avec le public. Qualification assurée pour le prochain Euro, une victoire probante neuf à zéro, les Diables s’en vont faire le tour du stade, remercier les supporters de s’être déplacés et de les avoir encouragés. Je retrouve Romain, qui partageait avec moi le rôle de journaliste en bord de terrain, et nous gagnons la piste pour accompagner les joueurs dans ce tour d’honneur. Nous sommes un peu intimidés de se retrouver si près de joueurs que nous admirons, pour la plupart. J’avoue que je ne connais pas grand-chose de Brandon Mechele. Devant le kop officiel des supporters des Diables Rouges, nous nous tentons à l’approche d’un joueur pour recueillir une réaction. La nouvelle star du Réal de Madrid est à quelques mètres, j’allume la caméra de mon téléphone, Romain son enregistreur, et l’aborde. Quelques minutes plus tard, ce sont des milliers d’auditeurs qui l’entendront brièvement sur Louïz FM. Notre devoir d’apprenti journaliste effectué, nous nous autorisons à retrouver l’espace de quelques instants, notre étiquette de fan. Le selfie est dans la boîte.

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