De Koufra
à Strasbourg, l'épopée Leclerc

Par Nicolas Roquejeoffre

Le général Leclerc passe en revue le 12e cuirassiers, place Kléber à Strasbourg, le 26 novembre 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le général Leclerc passe en revue le 12e cuirassiers, place Kléber à Strasbourg, le 26 novembre 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le 2 mars 1941, Philippe de Hauteclocque, dit Leclerc, s'emparait de la citadelle italienne de Koufra en Libye, première victoire de la France libre. L'officier s'engage alors, devant ses hommes, à libérer la France jusqu'à Strasbourg. C'est le serment de Koufra. Le 23 novembre 1944, Strasbourg est libérée par la 2e division blindée et un Spahi, Maurice Lebrun, grimpe en haut de la cathédrale pour fixer un drapeau tricolore. «Maintenant, dit Leclerc, on peut crever!»

En 2021, quatre anciens combattants de la 2e DB avaient accepté de témoigner sur leur engagement, la Libération de la France et sur Leclerc, incroyable stratège à l'esprit libre.

Soldats et véhicules de la 2e DB dans les rues de Strasbourg le 23 novembre 1944 (Document remis)

Soldats et véhicules de la 2e DB dans les rues de Strasbourg le 23 novembre 1944 (Document remis)

L'audacieuse conquête
de l'oasis de Koufra

Saint-Cyrien (1922-24), Philippe de Hauteclocque, dit Leclerc, sort major de l'Ecole de guerre en 1939. Capitaine, il est membre de l'état-major de la 4e division d'infanterie. Fait prisonnier, il réussit à s'échapper et rejoint Londres. Le 25 juillet, il se présente à de Gaulle. Ce dernier lui confie la mission de rallier l'Afrique équatoriale française à la France libre.

Leclerc prend le contrôle de Douala puis de l'ensemble du Cameroun. Désormais colonel, il prend de force Libreville. De Gaulle le nomme commandant militaire du Tchad. Il se prépare à attaquer les Italiens au Fezzan. C'est là que naît l'idée de s'emparer de la citadelle italienne de Koufra.

Chapelet d'oasis posé au sud-est de la Libye, Koufra est tenue depuis 1931 par les Italiens qui y ont construit un fort. Elle regroupe quelque 2500 habitants et un bataillon de soldats italiens, la Sahariana. "Il s'agit d'une position clé pour les communications italiennes de la partie orientale de l’Afrique, de Tripoli à Addis-Abeba", souligne l'historienne Christine Levisse-Touzé, conservatrice générale honoraire du patrimoine de la Ville de Paris. "Il y a un réel enjeu. Mais pour y parvenir, Il y a le désert qui aggrave les difficultés logistiques. Leclerc est en infériorité numérique, a une centaine de véhicules faits "de bric et de broc". Lui-même disait que les Français libres, c’était l’armée des pauvres ! Les pneumatiques ne sont pas adaptés pour un terrain désertique. Faya-largeau, Koufra, c’est 1200 km. Il faut ravitailler en essence, en eau… Il a fallu emporter des plaques de tôle pour passer certaines pistes sinon les camions s’enlisaient".

Avec 300 tirailleurs et une centaine d'Européens, Leclerc s'empare de l'oasis grâce à une tactique audacieuse: harceler les Italiens de jour comme de nuit par des tirs d'artillerie avec le seul canon que détenaient les troupes alliées.

Daniel Nevot, un ancien du Régiment de marche du Tchad, fut le dernier témoin de cette bataille. Décédé en 2019, il revenait très régulièrement en Alsace lors de la date anniversaire du Serment de Koufra. La prise de cette citadelle italienne? "Un vrai coup de bluff", disait-il. "Nous n'avions qu'un canon de 75 datant de 1928 !" Mais quel canon. Celui du lieutenant Ceccaldi qui tire quelques dizaines de coups par jour tout en déplaçant continuellement sa pièce. "Ils ont cru que l'on avait plusieurs batteries !" Cet harcèlement finit par entraîner la reddition des Italiens.

Daniel Nevot en 2010. (Photo DNA/ Christian Motsch)

Daniel Nevot en 2010. (Photo DNA/ Christian Motsch)

L'adjudant-chef Nevot au régiment de marche du Tchad à Meyenheim en 2016. (Photo DNA)

L'adjudant-chef Nevot au régiment de marche du Tchad à Meyenheim en 2016. (Photo DNA)

La palmeraie de Koufra vue du fort italien. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin; collection Y. Daruvar)

La palmeraie de Koufra vue du fort italien. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin; collection Y. Daruvar)

Progression vers Koufra par la colonne Leclerc. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin; collection Y. Daruvar)

Progression vers Koufra par la colonne Leclerc. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin; collection Y. Daruvar)

Tract de propagande largué par la RAF anglaise, le journal fait sa une sur « une victoire française ». (Doc. musées de la Libération de Paris, du gal Leclerc, J.Moulin)

Tract de propagande largué par la RAF anglaise, le journal fait sa une sur « une victoire française ». (Doc. musées de la Libération de Paris, du gal Leclerc, J.Moulin)

Le camp Koufra à Fort-Lamy au Tchad. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin; collection Y. Daluvar)

Le camp Koufra à Fort-Lamy au Tchad. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin; collection Y. Daluvar)

De la colonne Leclerc à la 2e DB. (Infographie DNA/Vanessa Schmitt)

De la colonne Leclerc à la 2e DB. (Infographie DNA/Vanessa Schmitt)

De la colonne Leclerc
à la 2e division blindée

"Les coloniaux européens étaient réservés sur cette opération à Koufra qu’ils jugeaient difficile voire impossible", indique Christine Levisse-Touzé. "Mais ils sont acquis à la cause d’un chef qu’ils ont vu sur le terrain, en reconnaissance. C’est un mode de commandement très moderne pour l’époque. Après Koufra, il a l’image d’un chef qui sait mener une bataille".

Le 2 mars 1941, le lendemain de la reddition italienne, Leclerc tient son fameux serment de Koufra dont on n’a pas de trace écrite. Leclerc prend la parole et fait jurer à ses compagnons "de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg".

Le 21 mars 1941 à Faya-Largeau, dans son ordre du jour, il s’adresse à ceux qui n’ont pas pu participer à ce combat. "Le 2 mars à 8h, les couleurs françaises montaient sur le fort d’El Tag conquis sur l’ennemi après 10 jours de combat. La France libre aujourd’hui, c’est l’Afrique équatoriale française. Pourquoi y sommes-nous ? Est-ce par goût de la vie coloniale, de l’aventure des voyages ? Non, mille fois non ! Il y aura place au combat pour tous avant que flottent à nouveaux nos couleurs sur la cathédrale de Strasbourg".

La colonne Leclerc entreprend deux campagnes dans le Fezzan en 1942 et 43. Après le débarquement américain en Algérie le 8 novembre 42, ses troupes sont intégrées en février 43 à la 8e Armée britannique. La colonne Leclerc devient "Force L". Elle participe à la campagne de Tunisie. Elle prend le nom de 2e division française livre puis 2e division blindée. Equipée par les Américains, elle est forte de 16000 hommes, 3000 véhicules dont 250 chars.

C'est à cette époque que Roger Le Neurès rejoint l'Afrique du nord.

Roger Le Neurès, 98 ans. (Photo DNA)

Roger Le Neurès, 98 ans. (Photo DNA)

Après un périple qui le mène d'Epinal à Toulouse puis en Libye, il rejoint Sabratha en Tripolitaine.

Pourquoi s'engager? Roger Le Neurès et Charles Pegulu de Rovin expliquent les raisons qui les poussent à rejoindre la France Libre.

Char Sherman débarquant en Normandie en août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin).

Char Sherman débarquant en Normandie en août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin).

Le Débarquement

Char Sherman débarquant en Normandie en août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin).

Char Sherman débarquant en Normandie en août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin).

Roger le Neurès dans son bureau, à Epinal. (Photo DNA)

Roger le Neurès dans son bureau, à Epinal. (Photo DNA)

Roger Le Neurès débarque en Normandie le 2 août 1944 sur un liberty-ship. "On s'est retrouvé sur Omaha beach mais ça nous disait rien. On n’a su qu’après que c’était la sanglante ! ça remuait un peu les tripes de revenir en France ! "

Jean Pietri appartient au même régiment que Roger Le Neurès. Lui aussi a rejoint les forces françaises Libres en Afrique du Nord. Il accoste le même jour à Grandcamp-Maisy, non loin d’Utah beach. "C’était une grande émotion. Mais on se disait : va-t-on y arriver ?"

Jean Pietri. (Photo fournie)

Jean Pietri. (Photo fournie)

Un soldat de la 2e DB sur Utah beach. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Un soldat de la 2e DB sur Utah beach. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Quelques blindés de la 2e DB devant l'Arc de Triomphe à Paris. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Quelques blindés de la 2e DB devant l'Arc de Triomphe à Paris. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le char Sherman Franche Comté progressant rue Michel Ange (dans le 16e arrt), le 25 août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le char Sherman Franche Comté progressant rue Michel Ange (dans le 16e arrt), le 25 août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le général Leclerc avec le colonel Rol-Tanguy accueillent le général de Gaulle à la gare Montparnasse, le 25 août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le général Leclerc avec le colonel Rol-Tanguy accueillent le général de Gaulle à la gare Montparnasse, le 25 août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

La Libération de Paris,

le 25 août 1944

Quelques blindés de la 2e DB devant l'Arc de Triomphe à Paris. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Quelques blindés de la 2e DB devant l'Arc de Triomphe à Paris. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le char Sherman Franche Comté progressant rue Michel Ange (dans le 16e arrt), le 25 août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le char Sherman Franche Comté progressant rue Michel Ange (dans le 16e arrt), le 25 août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le général Leclerc avec le colonel Rol-Tanguy accueillent le général de Gaulle à la gare Montparnasse, le 25 août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le général Leclerc avec le colonel Rol-Tanguy accueillent le général de Gaulle à la gare Montparnasse, le 25 août 1944. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Charles Pegulu de Rovin. (Photo DNA)

Charles Pegulu de Rovin. (Photo DNA)

Roger Le Neurès et Jean Pietri participent à la Libération de Paris le 25 août 1944. Charles Pegulu de Rovin, alors étudiant, décide de rejoindre la Résistance le 18 août. Il s'engage peu de temps après au Régiment de Marche du Tchad.

LA NUEVE

La "Nueve", cette unité composée de Républicains espagnols appartenant au régiment de marche du Tchad (RMT), fut la première à entrer dans la capitale le 24 août 1944. Ce jour-là, Leclerc donne l'ordre au capitaine Dronne de rejoindre la capitale : "Dronne, filez sur Paris, entrez dans Paris, passez où vous voudrez, dites aux Parisiens de ne pas perdre courage, que demain matin la division tout entière sera dans Paris".

Les 150 hommes de la "Nueve" et leurs half-tracks pénètrent dans la capitale par la porte d'Italie, gagnent le pont d'Austerlitz et les quais de la Seine et, à 21h20, atteignent l'Hôtel de ville où ils sont accueillis par le général Chaban-Delmas. Rafael Gomez Nieto, décédé en avril 2020 à Strasbourg à l’âge de 99 ans, était le dernier survivant de cette compagnie.

Le Don Quichotte, half-track de la Nueve que Rafael Gomez (assis devant le blindé) va conduire de Paris à Strasbourg. (Document remis)

Le Don Quichotte, half-track de la Nueve que Rafael Gomez (assis devant le blindé) va conduire de Paris à Strasbourg. (Document remis)

"La Nueve était une unité de choc, témoignait-il en 2010. Nous étions tous des vétérans de la campagne d'Espagne, certains avaient combattu en Afrique. On connaissait la guerre. Leclerc le savait. Il nous envoyait en première ligne". Le premier half-track qu'il a conduit avait été baptisé Guernica. Il côtoyait d'autres blindés aux noms étonnants : Guadalajara, Ebro, Don Quichotte, Teruel...

Lors du 73e anniversaire de la Libération de Grussenheim. (Photo DNA)

Lors du 73e anniversaire de la Libération de Grussenheim. (Photo DNA)

Rafael Gomez s'était engagé peu de temps après le débarquement des Américains en Afrique du Nord, "sur un coup de tête !" "J'ai vu dans un journal que les Corps francs d'Afrique recrutaient. Quand je suis revenu à la maison avec un uniforme, ma mère est devenue folle !"

La ruée vers l'est

La 2e division blindée fait route vers les Vosges. Elle s'empare de Vittel et engage, à Dompaire en septembre 1944, la plus grande bataille de chars de toute la campagne. Le 31 octobre, le général Leclerc enlève Baccarat à la suite d'une audacieuse manoeuvre.

La charge sur Strasbourg

C'est le but ultime de Leclerc: la prise de Strasbourg. "Il mène la grande guerre de la Libération, rappelle l'historienne Christine Levisse-Touzé. A l’est se trouvent les territoires spoliés. Strasbourg est le symbole de l’intégralité de la France".

Pour rejoindre la plaine d'Alsace, les blindés empruntent des chemins forestiers jugés impraticables et traversent le col de Dabo. "Les Allemands pensaient qu’une division ne pourrait pas emprunter une route forestière, raconte Roger Le Neurès. Leclerc a dit qu’on passerait là où les Allemands ne nous attendent pas. Ce fut un carnage. On a transpercé une armée allemande en déroute. On n’a pas fait de quartier. On balançait les chevaux et les véhicules allemands dans le ravin pour passer. Y’avait sûrement un peu de vengeance aussi. Ça n’existe pas une guerre propre…"

Infographie DNA / S. Reading

Infographie DNA / S. Reading

L'accueil des Alsaciens est formidable selon Roger Le Neurès et Jean Pietri.

A la suite de la prise de Baccarat, revue des troupes. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

A la suite de la prise de Baccarat, revue des troupes. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

A Obernai en novembre 1944, des Alsaciennes avec des sapeurs du 13e régiment du Génie. (Photo amicale des anciens du 13e RG)

A Obernai en novembre 1944, des Alsaciennes avec des sapeurs du 13e régiment du Génie. (Photo amicale des anciens du 13e RG)

La Libération
de Strasbourg,
le 23 novembre 1944

Distribution de café en pleine coeur de Strasbourg. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Distribution de café en pleine coeur de Strasbourg. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)

Le 23 novembre au matin, Leclerc lancent ses troupes qui progressent vers Strasbourg via cinq itinéraires. La capitale alsacienne est conquise mais il faudra deux jours pour entièrement sécuriser la ville. Le serment de Koufra est honoré. C'est un Spahis, Maurice Lebrun, qui, symboliquement, fixera un drapeau tricolore tout en haut de la flèche de la cathédrale de Strasbourg.

Maurice Lebrun en 2004. (Photo archives DNA)

Maurice Lebrun en 2004. (Photo archives DNA)

Sur ce drapeau tricolore à croix de Lorraine, confectionné par l’épouse d’un charcutier de la place Saint-Etienne, on pouvait lire l’unité de Maurice Lebrun : 1er peloton du 5e escadron du 1er régiment de marche de spahis marocains. "Les Allemands nous tiraient dessus et il y avait beaucoup de vent, témoignait-il en 2004. J’ai grimpé comme j’ai pu au paratonnerre. C’était le plus dur. D’ailleurs j’ai calé à 2 mètres du but… J’avais prévu du fil de fer pour accrocher le drapeau. Mais j’avais tellement peur que ça ne tienne pas que je n’ai pas osé le lâcher avant un bon moment". Celui qui s’était engagé en 1943 en Afrique du nord s’est éteint en 2009.

Le drapeau posé tout en haut de la Cathédrale. (Photo archives DNA)

Le drapeau posé tout en haut de la Cathédrale. (Photo archives DNA)

Prisonniers allemands place Kléber. (Photo musée de la  Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin)
Char de la 2e DB, à proximité de Strasbourg. (Document remis)

Jusqu'à Berchtesgaden

La 2e division blindée sera ensuite engagée en Alsace pour faire face à la contre-offensive allemande déclenchée dans les Ardennes. C'est durant cette période que Roger Le Neurès est blessé, à Sélestat.

Les troupes de Leclerc sont également mises à contribution durant les terribles combats de la réduction de la Poche de Colmar. Une offensive très coûteuse en pertes humaines. Cette photo ainsi que les suivantes ont été prises par le médecin d’origine russe Alexandre Krementchousky, de la 2e  division blindée, durant les combats qui se sont déroulés entre Elsenheim et Grussenheim, du 27 au 29 janvier 1945. Le sol est alors couvert d’environ 25 cm de neige et la température avoisine les -20°C.

Les chars se préparent à attaquer les abords de Grussenheim. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin, fonds KREMENTCHOUSKY)

Les chars se préparent à attaquer les abords de Grussenheim. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin, fonds KREMENTCHOUSKY)

La Poche
de Colmar

Sur des brancards, au premier plan, le sergent Roederer, les jambes sectionnées est déjà mort. Au second plan, le capitaine Dehollain, blessé. Au fond, le char Chemin des Dames brûle. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin; fonds KREMENTCHOUSKY)

Sur des brancards, au premier plan, le sergent Roederer, les jambes sectionnées est déjà mort. Au second plan, le capitaine Dehollain, blessé. Au fond, le char Chemin des Dames brûle. (Photo musée de la Libération de Paris, musée du général Leclerc, musée Jean Moulin; fonds KREMENTCHOUSKY)

Arrivé en Bavière, Leclerc reçoit l'ordre de s'emparer du nid d'aigle de Hitler, à Berchtesgaden. L'objectif est atteint le 4 mai, au nez et à la barbe des Américains.

Selon un décompte réalisé par Christine Levisse-Touzé, la division aura perdu 1687 hommes et comptera 3300 blessés après les campagnes de France et d'Allemagne. Quatre de ses régiments (le RMT, le 1er régiment de marche de Spahis marocains, le 3e régiment d'artillerie coloniale et le 501e régiment de chars de combat) sont compagnons de la Libération ainsi que 170 soldats.

Le monument à la gloire du général Leclerc, place Broglie à Strasbourg. (Photo archives DNA)

Le monument à la gloire du général Leclerc, place Broglie à Strasbourg. (Photo archives DNA)

Leclerc confie sa division au colonel Dio le 22 juin 1945. C'est lors d'une mission d'inspection en Afrique du Nord que son avion s'écrase près de Colomb-Béchar en Algérie le 28 novembre 1947.

Que reste-t-il aujourd'hui de Leclerc? Pour les derniers anciens combattants, il reste un chef indiscutable, le "patron". Témoignages de Charles Pegulu de Rovin et Michel Bunouf (ancien du 13e régiment du Génie).

"Chez les militaires, Leclerc est la figure tutélaire, souligne Christine Levisse-Touzé. On s’y réfère pour son sens tactique, manœuvrier, son analyse fine des situations. Cette image est renforcée par l’accident. Une personnalité si jeune, 45 ans, général d’armée, qui tombe mort pour la France, a contribué à sa légende. Mais déjà, de son vivant, il était une figure de légende".

Reproduction de l'ordre du jour n°73 lu après la victoire à Strasbourg. (Document musée des combats de la Poche de Colmar)

Reproduction de l'ordre du jour n°73 lu après la victoire à Strasbourg. (Document musée des combats de la Poche de Colmar)